jeudi 8 septembre 2016

La création incohérente et douloureuse de la commune nouvelle « Les Hauts d’Anjou »



Les prémisses de la création d’une commune nouvelle autour de Châteauneuf-sur-Sarthe furent prometteurs et sympathiques.
Le maire de Châteauneuf se rapprocha des maires des communes alentour et proposa d’y réfléchir. Le berceau de cette fusion était constitué de la vallée de la Sarthe, lien naturel de ce qui constituait un réel bassin de vie pour Juvardeil, Contigné, Brissarthe et donc Châteauneuf où les habitants de ces communes ont coutume de se rendre pour leurs emplettes et autres démarches.
Un consultant extérieur fut mandaté pour aider à cette démarche courtoise et une première réunion des conseillers municipaux concernés eut lieu.
Las, furieuse de cette initiative et épaulée par le maire de Champigné, la présidente de la Communauté de Communes du Haut Anjou, par ailleurs adjointe d’un conseil municipal voisin, s’invita à la réunion et fit savoir son opposition au projet.
Dans les jours suivants, elle dévoya le consultant, l’embaucha à la ComCom, et lui assigna une nouvelle tâche : Etendre la fusion aux dix communes la composant.

Elle n'y est pas parvenue.

Le modus operandi adopté par les tenants de cette fusion fut, sans aucun doute, la raison première de cet échec.
Dès cet instant, ce qui devait aboutir à la création d'une commune nouvelle, appuyée sur un projet de territoire cohérent, et réfléchi, a été dévoyé vers un seul but : mettre en place une entité forte, permettant de faire face aux autres partenaires de la future communauté de communes. Plus question de projet cohérent de territoire, mais la défense forcenée d’un projet destiné à contrecarrer l’antagonisme supposé avec nos futurs partenaires. Les rares élus qui voyaient une chance dans la fusion des trois communautés de communes, autre action parallèle, décidée par la préfecture, étaient ostracisés, montrés du doigt, vilipendés.

D'autres raisons furent invoquées ou, a contrario, soigneusement occultées. Il en allait ainsi de l’avenir de la présidente de la CCHA. En effet, n’étant pas maire de sa petite commune, elle disparaissait le 1er janvier 2017 car non éligible en tant que conseiller communautaire.
 
Dès les premières réunions de travail, elle annonça, un an à l'avance, que le maire de la future commune nouvelle serait … la présidente de la CCHA. On ne peut pas être plus antidémocratique. Le consultant abonda dans ce sens posant que nulle autre personne, maire en place ou conseiller municipal, ne devait briguer ce poste à soumettre pourtant au vote des 165 futurs conseillers municipaux. A noter que le principal défenseur de cette proposition fut le maire de Sœurdres (250 habitants). Le maire de la ville de Châteauneuf-sur-Sarthe, avec ses 3200 habitants, siège de la future mairie, reçut mission de ne pas plus se présenter que les autres élus, qu’ils fussent maires de Champigné ou de Miré.

Cet objectif n’étant pas avouable, il fallut bien trouver les arguments plaidant pour la création de la commune de plus de 10 000 habitants qui en résulterait. Car plus question de projet de territoire, de bassin de vie cohérent. Il s'agissait de convaincre les conseils municipaux, souverains dans leurs décisions, si possible avec l'aval des 10 maires, sinon en marchant sur leurs têtes.

Le professeur parisien s'attela à la tâche et rechercha de mauvais arguments. Ce fut pitoyable pour ne pas dire grotesque. Heureusement pour lui et sa cliente, l’aréopage qu’on rassembla autour de lui était tout aussi pitoyable. Panurge y eut reconnu ses petits !

-         L’argument de services de proximité ne résiste pas à une analyse sérieuse et à une observation des solutions trouvées par d'autres communautés. Il suffit que les trois anciennes communautés de commune gardent chacune une petite équipe décentrée pour mettre en œuvre les décisions prises au siège. Cela se fait partout, y compris dans les communautés urbaines.


-         Le risque de retour de certaines compétences vers des petites communes incapables de les gérer n’a pas non plus tenu la route. Aujourd’hui, toutes les compétences anciennes ont été reprises par la CCVHA et ce, malgré les efforts de la présidente qui, en comité de pilotage de la fusion des trois communautés de commune a lutté pas à pas, avec son acolyte, le maire de Sœurdres, pour que ces compétences ne soient pas reprises. Malheureusement pour elle, et malgré son insistance, il fut décidé de reprendre toutes les compétences.


-         La gouvernance de la CCHA a posé comme axiome premier que les dix maires de la CCHA et les quelques conseillers communautaires supplémentaires de la commune nouvelle pourraient puiser leur force dans leur appartenance à une seule grosse commune. Cet argument fut le plus difficile à combattre, lors des débats publics, car il était simple et logique. Simple si on veut bien admettre que le fait d'appartenir à une seule commune nouvelle ferait taire toutes les divergences, je demande à voir, logique mathématiquement si on veut bien oublier que le fait de créer une seule commune nouvelle pour dix communes fait automatiquement, perdre 5 conseillers communautaires. Enoncé par un intervenant, lors d’un débat public, ce contre argument fut balayé d’un revers de main.

-         Ajoutons qu'un autre argument fut matraqué lors des débats : l'aspect financier. C'est le seul qui résistait à l'analyse si tant est qu'on veuille bien admettre que l'Etat, dans sa grande misère, est encore capable de donner des millions d'€ dans une période où il cherche à minimiser les dotations aux communes

En plus, on oubliait un autre critère, souvent mis en avant par les hommes politiques et l'Association des Maires de France : « on ne fait pas une commune nouvelle pour l'argent mais pour le bien des habitants, dans le cadre d'un véritable projet de territoire ». Il n'est pas plus sourd que celui qui ne veut entendre et cette vérité fut rejetée !

Bref, ceux qui furent étonnés des refus de Châteauneuf-sur-Sarthe et de Miré d'adhérer à ce projet de dupes, n’avaient pas eu conscience d’avoir été manipulés et dupés par un aréopage d'élus dont certains, je veux bien l'admettre, furent eux-mêmes manipulés. Le castelet construit pour cette danse de marionnettes était à plusieurs étages. Et plus les ficelles étaient grosses, plus on s’efforçait de ne pas les voir !

L’histoire regorge de ces saynètes dramatiques ou drôles selon le niveau où elles se situent. Il est facile de tromper la population et, quand elle se réveille, il est trop tard!

A quoi sommes-nous confrontés aujourd'hui ?

La gouvernance de la CCHA a lamentablement échoué. Des sommes importantes ont été dépensées avec nos impôts pour un résultat nul.

Mais, qu’importe, le même scénario, encore plus ridicule et dangereux que le précédent a été reproduit par deux fois.

La gouvernance de la CCHA est revenue à l'assaut, camouflée derrière un rideau de fumée. Le maître d'œuvre du nouveau projet, réduit à huit communes, fut le conseil municipal de Champigné, tout-au-moins c'est ce qu'on veut nous faire croire. La ficelle était grosse ! L'astuce fut commode d'emploi, plus personne ne prit réellement la responsabilité des orientations données. "Allo, bonjour, je voudrais parler au conseil municipal de Champigné s'il vous plait!".

"Désolé, il est absent!".

Passant par-dessus la tête des maires élus, le conseil municipal susdit, dialogua directement avec chacun des conseillers municipaux des huit communes. Il décida de résoudre, en un mois, tous les problèmes de gouvernance, de fiscalité, d'emploi, d'organisation interne, de charte qui n'avaient pas été résolus en six mois par la précédente équipe.

A noter qu'on rechercha vainement un projet de territoire. Dans cet agglomérat disparate de communes n’incluant plus Châteauneuf et Miré, la gageure était de taille. On en inventa un. Il laisse rêveur : « La communication ». Ce service de base de toute commune un peu étendue et peuplée est devenu un « projet de territoire » ! Les habitants apprécieront ! Encore un peu et c’était « La comptabilité » !

La commune nouvelle s’est, entretemps, réduite à sept. Les conseillers municipaux de Juvardeil ont été assez intelligents pour se sortir de la nasse. Les autres ont voté « oui », aveugles, hypnotisés par l’habile triumvirat. Ils furent relayés dans chaque conseil municipal par des missi dominici fidèles. Classiquement, lutter contre le courant était suicidaire, mal vu, suspect. Les chevaux de Troie ont, depuis, récolté leur récompense sauf certains, dont le rôle subalterne n’a pas été payé en retour.

La fusion a été précipitée, sans déminage de terrain, sans réflexions quant à ses effets secondaires. Pourquoi, justement, tant de précipitation ?

Quelles sont, encore une fois, les véritables raisons d'une frénésie qui dépassa l'entendement ? Les mêmes ! Reportez-vous aux chapitres précédents.

Répétons-le, un regroupement de communes ne se fait pas pour des raisons autres que l’amélioration de la vie des habitants qui la composent. Cette population qui nous a élus attendait de nous, avant tout, une démarche positive, dénuée de toute arrière-pensée de politique ou de gouvernance. Ils attendaient de nous sérieux, compétence et honnêteté !

Nous pouvions espérer que les maires se concertent enfin, comme il est d’usage, pour poser la première pierre d’un édifice bâti sur des fondations solides. En lieu et place nous avons eu droit à une mascarade de démocratie qui consista à mettre en avant un théâtre d’ombres dans un décor de stuc. L’action fut anonyme car diluée dans un conseil municipal qui, par ailleurs, n’avait aucune légitimité à mener ce type d’action. Derrière le rideau, une ou deux personnes tiraient les ficelles. Beaucoup d’élus fermèrent les yeux, trop heureux de déléguer ainsi leurs responsabilités.

Quant à la population, elle fut soigneusement tenue à l’écart. Le mélodrame se joua à guichets fermés. Elle n’a pas été consultée. Le destin des sept villages concernés a été scellé, discrètement et à la sauvette, lors des conseils municipaux de fin septembre.

Le seul problème est que cela impactera nos vies pour des dizaines d’années sinon des siècles ! On croit rêver !

Mais enfin, reconnaissons-le, un fait est acquis : Mme la présidente de la CCHA a sauvé sa tête. Désormais, elle est maire d’une commune de près de 4000 habitants et conseillère communautaire de la CCVHA. Et ses vassaux ont été récompensés de leur action.

Ils siégeront comme vice-présidents, ou simples membres, dans cette communauté de communes qu’ils ont tant décriée, voilés dans leur dignité de maires délégués de communes ayant perdu leur âme !
La présidente a loupé un échelon et je m’en réjouis. Elle ne sera pas présidente de la nouvelle communauté de communes. Elle y a bien pensé mais, la marche était trop haute.


Il lui reste à organiser la gouvernance et la gestion de la commune nouvelle des hauts d’Anjou. J’espère que ce ne sera pas trop difficile pour elle car, après avoir tant parlé de compétences, je crains fort qu’il soit question, maintenant, d’incompétence !


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