vendredi 6 juin 2014

Sympathique vidéo tournée à Champigné. Be happy!


dimanche 11 mai 2014

Les œufs de la punaise verte

Verte de rage, la punaise,  s'était perdue dans la construction de son hexagone, sur le rosier de Maguy. Je suis venu à son aide, non
sans mal. 

Nezara viridula f. torquata 

dimanche 20 avril 2014

Feuilleton: Le 135ème Régiment d'Infanterie dans la guerre 1914-1918. Prosnes




Les combats de Prosnes

14 septembre au 22 octobre 1914
Prosnes

La journée du 14 septembre marque la fin de la progression rapide du régiment. Les Allemands semblent décidés à stopper nos fantassins dans la région de Prosnes.
Parti, à 5H00 du carrefour de la route de Sept-Saulx à Prosnes et de la chaussée romaine située au sud du village, le 3ème bataillon traverse l’agglomération sans rencontrer de résistance mais, parvenu à la chaussée romaine nord, est soumis à un violent bombardement et à des tirs de mitrailleuses. Le 4ème bataillon étend sa ligne de feu vers l’est mais est soumis, lui aussi, à un violent bombardement.
Les deux bataillons doivent se replier. Le commandant Delétoille, qui commande provisoirement le régiment, est blessé au cours de ce recul. Arrivés aux premières maisons du village, quelques hommes sont regroupés par le colonel Eon, commandant la 36ème brigade, accompagné de deux capitaines, De la Taille et Friant. Il organise la défense des abords de Prosnes à partir du grenier d’une des maisons.
Tous font le coup de feu contre l’ennemi.
Cela vaudra aux sergent Clergeau, Lesimple et Beauvais d’être cités.
Le soir, Prosnes reste entre nos mains.  
Les jours suivants, et ce jusqu’au 21 septembre, le village subit des bombardements le régiment creuse des tranchées tout autour de Prosnes. A l’est, on trouve le 77ème R.I., à l’ouest le 68ème R.I.
Peu à peu les lignes de défense se renforcent. Il existe, à l’est et à l’ouest du village des ravins qu’on équipe. Un des bataillons relève le 68ème R.I. Un millier de réservistes arrivent.
Les deux états major, celui de la brigade et celui du régiment s’installent, ensemble, dans une maison.
Le médecin-major Azaïs soigne les blessés dans une cave située en arrière.
Un nouveau chef de corps arrive le 22 septembre, c’est le Lieutenant-colonel Maury. Il trouve son régiment installé dans ses lignes de défense, en lisière et de part et d’autre du village. Les premières lignes sont sur la chaussée romaine du nord. Les 77ème et le 90ème R.I. sont à gauche et à droite.
L’ennemi est à portée de canon. On aperçoit ses tranchées sur la côte 144. Il pilonne nos positions, de temps en temps.
Le journée du 26 septembre est marquée par une attaque ennemie sur nos
positions les plus avancées et notamment sur des tranchées creusées en avant de la voie romaine. Le pilonnage est très violent. A dater de ce jour et jusqu’au 28 septembre, l’enjeu des attaques et contre attaques, de nuit comme de jour, parfois en profitant du brouillard, va être cette chaussée romaine. Les combats sont très violents, précédés de bombardements intenses. Les hommes connaissent ces terribles attaques à la baïonnette, l’affreux contact avec un homme qu’on embroche ou qui tente de vous embrocher.


Un des copains de castor et Pollux, Louis Daraize, habitant Daumeray, est tué sur cette chaussée romaine le 28 septembre. Il venait d’avoir 32 ans.
Les français tiendront, reprendront les parcelles de voie perdues, reprendront le moulin situé à l’est du village, pris et repris, perdu, réinvesti.
Après le 28 septembre, ils vivront une longue période de combats d’artillerie. On hésite parfois à utiliser les canons sachant que l’ennemi répliquera aussitôt. On peste parfois contre l’artilleur qui réveille les bouches à feu adverses.
Le Journal des Marches et Opérations du régiment devient presque monotone :
Même situation. Quelques coups de canon seulement.
Même situation. Violente canonnade.
Même situation. Quelques coups de canon seulement.
Prosnes est désormais un des points de ce front qui va de la Suisse à la Mer du Nord. Il n’est pas encore vraiment figé mais s’enterre progressivement.
Le 3 octobre enfin, le régiment est relevé par le 68ème R.I. Il part cantonner à Sept-Saulx.
Mais le 6 octobre, il remonte en ligne au nord de Thuisy. Ce secteur n’est guère plus calme que celui de Prosnes. Il est bombardé régulièrement. Et la litanie des canonnades reprend.
Enfin, le 20 octobre, le régiment s’éloigne définitivement de ce front de Champagne et cantonne en arrière jusqu’à ce que, le 22 octobre, il renoue avec les voyages en train.
C’est à Mourmelon-le-Petit qu’il embarque, en plusieurs échelons, vers un autre enfer. Il part vers le nord ouest. En d’autres époques, ce pourrait être une destination de villégiature, les Flandres belges, la mer, les plages de sable.
Dans la réalité, il va vers une ville qui deviendra célèbre pour ses gaz. Il part vers Ypres.
Car, pendant qu’il buttait sur la ligne ultime de retraite des Allemands, issue de la bataille de la Marne, d’autres armées, d’autres divisions, d’autres soldats entreprenaient ce que les historiens appelleront « La course à la mer ».
Français et Allemands, du 14 au 27 septembre, ont tenté de se déborder par le nord.
Peu à peu, une nouvelle ligne de front, axée du sud au nord, s’est cristallisée de secteur en secteur, enterrée, fortifiée. Elle passe à l’est d’Arras qui faillit bien tomber au début d’octobre. Par l’ouest, elle contourne Vimy et Lens où des milliers de soldats ont laissé leur vie sur une célèbre colline, sous les yeux de Notre Dame de Lorette. Elle arrive à la frontière belge, à Ypres, une ville ravagée par l’artillerie allemande.
Là, cette ligne de front bifurque vers le nord-ouest et rejoint Nieuport. L’armée belge, vaincue à Anvers, a pu rejoindre les Anglais et les unités Ronarc’h puis se retourner contre l’ennemi qui n’a pu atteindre Calais.
La région de l’Yser où notre régiment se rend, le 23 octobre, n’est plus qu’un vaste charnier. Les écluses n’ont pas encore été ouvertes par les Belges mais, ce sera chose faite le 28 octobre.
On peut imaginer que les trains qui emportent le 135ème Régiment d’Infanterie ont du faire un long détour par le sud du front avant de gagner le Nord.
Court répit pour nos trois amis. Jean-Baptiste roule vers un destin tragique. Castor et Pollux se sortiront des fossés remplis d’eau de Zonnebecke mais ce ne sera que partie remise.
Dans un compartiment voisin, René Marquis, Armand Jarry, Auguste Nail et Gabriel Suzanne , des daumeréens, jouent à la belote. Avant la fin de l’année, ils auront péri dans la boue de l’Yser.
Tous pensent avoir connu le pire, ils se trompent.

Le Petit Journal titre, en première page
«  Traversée de l’Yser» : Si on s’est un peu ému de cette traversée de l’Yser, ce n’est pas que cette petite rivière constitue stratégiquement une ligne d’une particulière importance.
« Le général Von der Goltz rappelé » : On donne comme raison officielle de ce rappel la mauvaise santé du gouverneur allemand de Bruxelles qui aurait été aggravée par le surmenage.
« Les oiseux ennemis n’ont pu s’approcher de Paris » : Trois avions allemands ont encore rodé hier soir dans le région de Senlis.

mardi 15 avril 2014

dimanche 13 avril 2014

Feuilleton: Le 135ème Régiment d'Infanterie dans la guerre 1914-1918. La bataille de la Marne



La bataille de la Marne

6 au 14 septembre 1914
Au cœur de la bataille

En ce 6 septembre 1914, le contexte est encore celui d’une guerre de mouvements et si, sur le grand échiquier de la guerre, la reine des batailles est l’infanterie, un régiment n’est qu’un pion que les généraux peuvent sacrifier sans hésitation. Les Etats-majors apprennent sur le tas. Les instructeurs sont allemands. Ils enseignent que l’artillerie est toute puissante pour broyer les pions et que les mitrailleuses sont très utiles pour parachever le travail.
L’expression « marche ou crève » n’a pas encore été inventée, c’est plutôt « rampe ou meurt ».
Joffre estime que la première phase de regroupement de ses forces est accomplie. Il a repéré les points de faiblesse de l’avancée allemande et notamment ce flanc droit offert à une attaque de la VIème armée de Maunoury. Les célèbres taxis sont déjà rassemblés aux Invalides et transporteront une division entière dans ce secteur.
Il est bien évident que nos trois compagnons ne savent rien de tout cela. Tout ce qu’ils savent c’est que les marais de St-Gond sont dans leur dos et que l’ennemi est devant eux. La situation n’est pas vraiment confortable.  
En face, ce ne sont pas des enfants de cœur. Ce sont des prussiens de la 1ère Division de la Garde, une troupe aguerrie.
Le 135ème Régiment d’Infanterie couvre un front allant de Toulon-la-Montagne à Morains-le-Petit. A 5H00, ces prussiens attaquent. Ils arrivent de l’ouest du dispositif, plus exactement de Congy et profitent du lit du ruisseau de Cubersault pour contourner le 2ème bataillon. Le régiment est contraint de se replier. Cela veut dire qu’il doit emprunter une des chaussées qui traversent le marais du nord vers le sud. Il arrive à Bannes à 11h00.
L’ordre est donné de reprendre Toulon-la-Montagne avec le 77ème Régiment d’Infanterie. Il ne pourra pas être exécuté. Une pluie d’obus s’abat sur les deux unités, rassemblées au sud de Bannes. Elles n’ont pas d’autre solution que de se replier plus au sud sur les pentes du mont Août.
Douze officiers et 654 hommes sont portés manquants. Parmi les officiers, on compte le lieutenant Pierre André de Bazelaire, mort de ses blessures.
Parmi nos camarades du village de Daumeray, le soldat Victor Berthe est tombé à Vert-la-Gravelle. Il est le premier tué de ce village, il ne sera pas le dernier.
La journée du 7 septembre va se passer en ordres  et contre ordres. Le soir venu la brigade sera toujours adossée aux pentes du mont Août.
Ils sont à la veille d’une victoire décisive mais ne le savent pas. Les deux régiments frères, le 77ème R.I. et le 135ème R.I. sont au plein centre de l’offensive décidée par Joffre.
« Une troupe qui ne peut plus avancer, devra, coûte sue coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer » Joffre 5 septembre 1914.
Les combats les maintiendront dans ce secteur des marais de St-Gond jusqu’au 11 septembre. Le régiment subira encore des pertes, notamment le 9 septembre, jour où le chef de corps, le Lieutenant-colonel GRAUX est blessé et fait prisonnier avec son adjoint, le capitaine Pons. Le colonel  parviendra à s’évader mais le capitaine était mort de ses blessures. Le même jour, le commandant Noblet est tué ainsi que de nombreux officiers. Le régiment devra reculer jusqu’à Linthes. Pour bien se rendre compte de l’étendue des pertes, il faut savoir que l’officier qui commande le régiment, en cette soirée du 9 septembre, est le capitaine Sanceret, 3éme bataillon, 12ème compagnie.
Comment ces fantassins harassés pourraient-ils imaginer que dans quelques jours, ils auront parcouru le chemin inverse de cette longue retraite et repoussé les Allemands jusqu’au delà de la Vesle ? La chaleur est accablante mais, ils n’ont plus une goutte d’eau et n’ont pas mangé depuis deux jours.
Un sentiment de solitude, l’impression que toutes les forces ennemies sont rassemblées devant vous et que, manque de chance, il vous incombe de sauver le monde pendant que les autres régiments vont à la soupe.
Leur chef est le général Foch, un inconnu. Son armée se heurte à celle de Bülow.  Un peu plus à gauche, Kluck  s’est tourné vers Maunoury créant ainsi une sorte de brèche entre Château-Thierry et Monmirail. Franchey-d’Esperay s’y porte aves les forces anglaises.
Le 9 septembre, journée éprouvante pour le régiment, Bülow recule enfin et Kluck décide de rompre le combat.
Une sorte de boulevard s’ouvre devant les divisions françaises. Le scénario est totalement inversé. L’artillerie précède les régiments, pilonne les forces ennemies puis les fantassins s’avancent. Oh, c’est plus facile à écrire qu’à réaliser et des hommes tombent de part et d’autre mais, Joffre a gagné. Il a réussi à enrayer cette ruée vers Paris qui avait fait fuir le gouvernement.
« Le 11 septembre, Joffre télégraphie au gouvernement « victoire incontestable ». Cette victoire ne pourra pas être exploitée comme il conviendrait. Joffre n’a plus aucune réserve. Les troupes sont épuisées. Les Allemands se retranchent sur une ligne Noyon-Soissons-Craonne quasi inexpugnable. Il faudra quatre années pour les en déloger.
Le 135ème régiment d’Infanterie a accompagné ce grand mouvement du 9 au 13 septembre. Il est repassé sur ses traces à Voipreux, Rouffy, Champigneul, Jalons. Il a franchi la Marne le 12 septembre, à Condé, sur des nacelles et un pont de bateaux. Le commandant Delétoille, rentré de convalescence, est leur chef de corps.
Le soir le trouve dans un village appelé « Les grandes Loges ».
Le 13 septembre, il s’avance en brigade, précédé par le 77ème R.I. Ce dernier livre bataille à Livry contre un parti de fantassins allemands et un groupe d’artillerie. La marche reprend à midi vers Mourmelon-le-Petit. Au passage on fait quelques prisonniers, des trainards et des pillards.
Devant eux, Prosnes est encore occupé par l’ennemi. Il a entrepris de renforcer ses défenses en creusant des tranchées.
C’est là que nous allons laisser quelques instants notre régiment. Nous sommes à l’extrême nord de l’avancée des divisions de Foch. Le front va s’installer dans ces parages pour très longtemps. Prosnes va être pris puis âprement défendu. Ce village laissera son nom dans l’histoire de la grande guerre.



Le Petit Journal titre, en première page
«  Après la victoire de la Marne» : Le mouvement de retrait des Allemands continue
« L’état major allemand avoue sa défaite sur la Marne» : L’état major allemand s’est résolu à télégraphier un bulletin reconnaissant les succès de l’aile gauche des alliés.
« Le paquebot français Lutetia a échappé aux croiseurs allemands » : Ce fut une poursuite acharnée. Le paquebot français gagna de vitesse et arriva sans accident à Saint-Vincent.
 

vendredi 11 avril 2014

Feuilleton: Le 135ème Régiment d'Infanterie dans la guerre 1914-1918. Prélude à la bataille de la Marne



Prélude à la bataille de la Marne

31 août au 5 septembre 1914
Joffre regroupe ses forces

Le début du mois de septembre 1914 est caniculaire. Ce sera pour tous les fantassins français, impliqués dans une longue retraite, une suite de marches pénibles ponctuées de combats retardateurs. Il faut noter que les fantassins allemands parcourent les mêmes distances. Leur état d’esprit est sans doute meilleur, ils pensent marcher à la victoire mais, le soleil est le même pour tout le monde.
Les actions des 77ème et 135ème Régiments d’Infanterie se conforment à une stratégie générale. A Bièvre, c’était d’abord une offensive qui s’est soldée par une retraite. De Bièvre à Faux, puis de Faux jusqu’à la Marne et ensuite vers les marais de St-Gond, ce fut et ce sera encore une retraite ponctuée de combats retardateurs. 
L’épuisement est le mode de description qui convient le mieux à l’état général de la troupe. Les routes ont encombrées de convois de cuirassiers, d’artilleurs, de sapeurs qui tous se dirigent vers le sud, parfois à marche accélérée, parfois de manière très ralentie.
Entre le 31 août et le 6 septembre, le 135ème Régiment d’Infanterie va parcourir 150 km. Entre ses pertes et la récupération de compagnies isolées, l’arrivée de réservistes depuis différents dépôts, il finira par dépasser 4000 fantassins, plus ou moins aguerris. Ils sont toujours aussi lourdement chargés. Les pieds sont meurtris, les muscles très douloureux. Chaque halte est un bienfait mais il faut ensuite remettre en route leurs carcasses. Ils sont sales. Parfois une partie de l’équipement a disparu lors d’une charge ou d’une course sous les obus. Les anciens, ceux de la mobilisation, se comptent avec inquiétude. Les nouveaux sont moins jeunes. Ils ne pensaient pas être affectés en première ligne. Ils y sont.
Le gouvernement et les français savent désormais que la glorieuse bataille des frontières a été perdue par Joffre. Ils savent que les prochaines semaines vont être très critiques. Les Parisiens ont fui la capitale, bombardée par des avions légers. Les dégâts sont infimes mais l’effet est désastreux. Le gouvernement part pour Bordeaux.
Les principales armées allemandes qui s’avançaient d’est en ouest, au cœur de la Belgique ont brusquement viré à gauche. Elles avancent, inexorablement vers l’Aisne, qu’elles franchissent, puis la Marne et l’est de Paris.
Joffre attend son heure. Il regroupe ses divisions et envoie des avions observer la progression de l’ennemi.
Castor, Pollux et Jean-Baptiste n’ont aucune idée de la stratégie du généralissime. Ils marchent.
« Le mouvement sera couvert par arrière-gardes laissées sur les coupures favorables du terrain, de façon à utiliser tous les obstacles pour arrêter par des contre-attaques, courtes et violentes, dont l’élément principal sera l’artillerie, la marche de l’ennemi ou tout au moins la retarder » Joffre 25 août 1914, 22H.
Ils marchent, ils s’arrêtent, ils contre-attaquent, ils repartent.
Ils ont chaud, ils ont peur, ils ont faim, ils ont soif. Ils marchent.
A 5H00, le 31 août, ils ont quitté Seuil. Désormais les villages vont se succéder, jour après jour. La Neuville, Bignicourt, Juniville. L’ambiance du soir est plutôt au bivouac dans les bois. La soupe est aléatoire. Les cuistots se débrouillent.
Le 1er septembre, dès 6h00, 2 officiers et 98 hommes tombent sous les balles de l’ennemi. Réveil brutal et repli. On entre sous le couvert des bois mais, de 18H à 19H, un pilonnage intense cause de lourdes pertes aux éléments d’artillerie du régiment, trop visibles dans une éclaircie des bois.
C’est une nouvelle fuite en avant.
Les bataillons cantonnent, le soir, à St-Masme, Selles et Epoye.
Au cours de la journée, l’adjudant Gauthier réussit à ramener au régiment un groupe de 300 hommes, rassemblés après les combats de la veille. Il est immédiatement nommé sous-lieutenant.
Le 2 septembre est une journée de marche. A midi, ils sont à Sillery. Fait rare, ils peuvent se reposer 6 heures puis prendre en compte des cantonnements. Ils sont sur le qui vive, prêts à courir aux faisceaux.  Cette fin de journée est l’occasion d’une restructuration complète en 4 bataillons, rééquilibrés en hommes et en cadres.
Le 3 septembre, le régiment marche en tête de la 18ème division. On traverse, dans un incroyable encombrement de troupes, les villages de Beaumont-sur-Vesle, Verzy, Villers-marmery, Trépail, Ambonnay. Le 4ème bataillon marche jusqu’à Condé-sur-Marne où il garde le Train Divisionnaire.
Plus de 1900 réservistes arrivent alors des dépôts encadrés par quelques officiers de réserve. L’effectif n’a jamais été à ce niveau. Plus de 5000 hommes sont sous le drapeau du 135ème R.I.
Quelques officiers sont promus dont le sous-lieutenant de Bazelaire qui passe lieutenant. Il ne serait pas loyal d’oublier le lieutenant Holl qui passe capitaine, l’adjudant-chef Merle, l’adjudant Verrin, le maréchal-des-logis Favre qui sont nommés sous-lieutenants.
Le 4 septembre, toujours en tête de la 18ème D.I., le régiment passe la Marne et continue vers le sud. Il traverse Jalons, Champigneul, Rouffy, Villeneuve, Voipreux. Malgré une chaleur implacable, la crainte d’une attaque impose de marcher 5 heures sans une seule pause. Dire que les hommes sont épuisés est un euphémisme.
Les cantonnements s’organisent à Renneville et Villeneuve.
Près de 600 réservistes sont alors renvoyés vers les dépôts, les moins exercés. L’écusson du 135ème R.I. est accordé à tous les fantassins qui restent au corps.
Nous sommes le 5 septembre. Demain la bataille de la Marne va commencer. Demain est un autre jour. Personne, dans le régiment ne peut envisager une victoire et pourtant, ces troupes épuisées vont recevoir l’ordre de ne plus reculer et, si possible, de reprendre l’offensive. C’est impossible, inimaginable et vrai.
Pour l’heure, ils vont vers le sud. Ils pensent, un moment, s’arrêter à Clamange. La route d’Ecury-le-Repos à Pierre-Morains les sépare de la Division Marocaine. Repos, vous avez dit repos. Ce n’est pas encore le moment.
La progression se fait à partir de 17H00, vers Morains, Aulnizeux, Toulon-la-Montagne, plein ouest. On se tourne vers le nord. Derrière nos soldats existe une vaste zone de marécages, les marais de Saint-Gond, un peu comme s’ils avaient le dos au mur.
Les marais et le mont Août qui les domine au sud vont devenir célèbres dans les annales militaires. Des compagnies vont s’y engloutir pendant quelques jours avant que les Allemands ne commencent à reculer.
La première action débute en fin de cette journée du 5 septembre. Une batterie allemande stationne sans protection rapprochée dans le parc du château de la Gravelle. --------------->
Le Commandant NOBLET donne l’ordre à la 12ème compagnie d’attaquer à la baïonnette. Elle déboule sur les servants des canons, tue les chevaux pendant que le reste du 3ème bataillon contourne le château. Toute résistance cesse mais il n’est pas prudent de rester dans cette situation avancée. Le bataillon rejoint Vert-la Gravelle. Les Allemands réussiront à retirer leurs pièces d’artillerie avant le retour des français.
Le régiment occupe Vert-la-Gravelle, Toulon-la-Montagne et Aulnizieux.

Le Petit Journal titre, en première page :
« Armées du nord-est» : Dans la région de VERDUN, les forces allemandes ont subi certains échecs.
« Encore un paquebot allemand capturé» : Le Kronprinz Wilhelm était un superbe paquebot transatlantique … Il ne sera plus à craindre pour personne.
« Un incident relatif au Cardinal MERCIER de Malines » : Mis en demeure de démentir ses précédentes déclarations contre les barbaries allemandes, par l’ambassadeur d’Autriche à Rome, le cardinal Mercier s’y est refusé. …

mardi 8 avril 2014

Feuilleton: Le 135ème Régiment d'Infanterie dans la guerre 1914-1918. Les combats de Faux



Les combats de Faux

30 août 1914
Le régiment fait face à l’ennemi

Sur un front de 300 km, ce ne sont pas moins de 7 armées allemandes qui ont repoussé les forces françaises et anglaises. A l’est, le général De Castelnau a réussi à arrêter leur progression mais, de Verdun à Cambrai, nous reculons. Certes, c’est une retraite assez bien ordonnée mais il faudra, un jour ou l’autre, enrayer ce mouvement. Le plan Schlieffen ne semble plus vraiment à l’ordre du jour. Les Allemands qui avaient projeté de contourner Paris par l’ouest ont changé d’avis. Leurs forces ont obliqué vers l’est de la capitale.
Le 30 août, l’Aisne est sur la route de l’ennemi et offre une possibilité défensive.
Le 135ème régiment d’Infanterie est un pion au milieu de ce vaste dispositif. Ses effectifs viennent d’être remis à niveau avec l’apport du 3ème bataillon du 32ème R.I. et 500 réservistes. Ses 3000 fantassins vont donc être, de nouveau, lancés dans le tourmente.
Sur un front de 8 km, de part et d’autre de Faux, 10 km au nord-est de Rethel, ils vont devoir faire face à l’ennemi.
De 4 h à 7 h du matin, on consolide fébrilement les défenses organisées la veille.
A 7h, les 2ème et 4ème bataillons sont violemment attaqués par les Allemands. Notre artillerie ouvre le feu.
A 10H, ces deux bataillons doivent refluer vers le sud-est, sous un violent pilonnage de l’artillerie adverse. Les 1er et 3ème bataillons se retrouvent en 1ère ligne et subissent de lourdes pertes sous le feu des canons ennemis.
On réussit cependant à dégager le 77ème R.I. qui, lui aussi, recule.
Les combats sont intenses. La 1ère ligne du 3ème bataillon cède, à 13H30, sous la pression de forces supérieures. Il en est de même pour le 1er bataillon.
Une contre attaque héroïque menée par les hommes encore valides, conduits, drapeau en tête, par le Lieutenant-colonel Graux, échoue. Les fantassins allemands ne se montrent même pas. L’artillerie écrase nos soldats.
La retraite est ordonnée. Ce qu’il reste du régiment est rassemblé à l’abri du remblai de la voie ferrée.
Ces hommes, épuisés, atteignent Amagne puis Seuil, une dizaine de km au sud de la ligne des combats.
Le brave lieutenant Gaston SULFOURT, qui, avec sa section de mitrailleuses avait échappé par miracle aux obus allemands, à Bièvres, est tué à Faux. Nous n’avons plus de mitrailleurs.
Les fantassins qui arrivent à regagner Seuil n’ont plus d’équipements dignes de ce nom. Les havresacs ont été abandonnés, sur ordre du général, avant la contre attaque menée par 1er bataillon.
Comme à Bièvre, les pertes sont considérables. Onze officiers et 1100 hommes sont hors de combats, tués, blessés, disparus.
C’est, de nouveau, un régiment décimé qui cantonne à Seuil. De nouveau, les hommes se comptent, se cherchent, retrouvent l’ami ou le pleurent. Puis, ils s’effondrent tout habillés là où ils peuvent, dans leur sueur. Le mois d’août est presque fini. Là bas, en Anjou, les femmes rentrent la paille et regardent vers l’est. Elles ne savent pas…

Le Petit Journal titre, en première page :
« La situation militaire» : En Lorraine, la progression de nos forces s’est accentuée. Nous sommes maîtres de la ligne de la Mortagne et notre droite avance.
« La mort du pape Pie X» : Les cardinaux porteront la cape violette
« L’effort de l’Allemagne s’épuisera fatalement » : le général Joffre est l’homme de la situation, avec le calme et la prudence nécessaires, pour supporter tout le poids et l’effort colossal de l’Allemagne, effort impossible à prolonger et qui s’épuisera fatalement devant la tactique française…

dimanche 6 avril 2014

Feuilleton: Le 135ème Régiment d'Infanterie dans la guerre 1914-1918. Une éprouvante retraite.



Une éprouvante retraite

24 au 29 août 1914
Dans le flot de l’armée française.

Quand nos trois amis sont arrivés à Sugny, leur épuisement était tel que l’apparition de Joffre lui-même n’aurait pu les empêcher de sombrer dans une sorte de coma. Les officiers avaient du renoncer à établir le bilan exact des pertes tant cette troupe s’était massifiées dans une douloureuse torpeur. Un cauchemar collectif hantait pourtant ces jeunes hommes, ils geignaient et s’agitaient parfois en des fuites immobiles, se dressaient, hagards, guettaient la nuit puis retombaient en travers de leurs sacs pour ceux qui l’avaient encore.
24 août. Les sergents secouèrent cet amas de corps à 4H30 du matin. Et réussirent à les mettre debout. Ils ne protestaient pas, se levaient et ramassaient leur fusil.
A 5H00, ils étaient en route. On demandait à cette troupe clairsemée de protéger la progression de l’Artillerie du corps vers Saint-Laurent. Après avoir passé la frontière et parcouru les 15 km qui les séparaient de cette ville, ils n’avaient toujours pas pris contact avec les fameux artilleurs. On les laissa souffler une heure avant de les diriger sur Mezières. Le 77ème Régiment d’Infanterie, deuxième élément de leur brigade s’y trouvait déjà.
Mais, l’ordre est rapporté. Ils traversent Montcy-Saint-Pierre et Montcy-Notre-Dame et finissent par atterrir à Charleville.
Une journée presque facile, si on la juge à l’aune du précédent massacre, récompensée par une soupe chaude à 19H00. Certains n’ont rien avalé depuis 24 heures.
25 août. Les sergents secouèrent cet amas de corps… Disons le tout-de-suite, cette scène du réveil se répétera pendant des jours et des jours. Il faut croire que le fantassin en guerre n’a pas la même horloge interne que le civil, du moins c’est ce que pensent les généraux.
Accompagnons Castor, Pollux et Jean-Baptiste sur les routes des Ardennes. Elles sont encombrées de troupes en déroute. Il n’y a pas d’autres mots. C’est une époque de marches harassantes, sous un soleil de plomb.
Le Journal des Marches et Opérations indique sobrement qu’ils sont : « extrêmement fatigués ». c’est sans doute là un euphémisme militaire.
Les ardennais qui les ont vu monter vers la Belgique, il y a quelques jours, les voient, sidérés, repasser dans l’autre sens.
En ce jour, ils passent devant le château de Grange-aux-Bois, sur les talons du 77ème R.I. et vont cantonner à Bogny.
26 août. Cela fait trois jours qu’ils n’ont pas quitté leurs godillots, ni leurs pantalons.
Départ à 5H00 pour Sormonne où ils organisent une position défensive avec l’aide du Génie.
Les fantassins apprennent avec soulagement qu’un bataillon isolé vient d’être adjoint à leur unité. C’était le 3ème bataillon du 32ème Régiment d’Infanterie, il devient le 4ème bataillon. Ces hommes, arrivés le 20 août en Belgique, avaient côtoyé le 135ème R.I. dans les phases du retrait. Ils avaient participé, par exemple, à la garde des ponts de Alle.
Nous les retrouverons désormais aux côtés de leurs camarades, notamment le 30 août, à Auboncourt. Ils y prendront leur part de gloire.
Le 77ème R.I. occupe bientôt les positions aménagées alors que le 135ème R.I. avance vers Murtin. Il cantonne dans les environs vers 21H30.
27 août. Départ à 4H00. Ils rejoignent Thin-le-Moutier.
28 août. Les Allemands sont alors aux portes de Charleville-Mezières qui se déclare ville ouverte. Le Lieutenant-Colonel Graux, qui a remplacé le colonel de Bazelaire, évacué, est sans doute un des seuls à savoir l’ennemi si proche. Le 77ème R.I. est sur le flanc gauche de notre régiment, plus proche encore de l’ennemi. D’ailleurs, une canonnade se fait entendre de son côté. Les Allemands sont à Warnécourt, à moins de 4 km.
Ce soir là, le cantonnement se fait à Guignicourt.
29 août. La proximité des troupes ennemies est sans doute la raison d’une nuit encore plus courte que d’habitude. Les bataillons partent à 2h00 en direction de Rethel. C’est une marche forcée épuisante, par nuit noire. La troupe est ordonnée mais sent que l’ennemi est à ses trousses. Des lueurs, au nord, signalent des incendies.
Comment un régiment aussi éprouvé pourra-t-il contrecarrer l’irrésistible poussée des Prussiens ? Pourtant, il prend position au sud-est de Puisieux puis au nord de Sorcy, le long d’une voie ferrée.
Les ordres arrivent. Il faut tenir le secteur d’Auboncourt, Lucquy, Faux. Les bataillons organisent les défenses et font face au nord, tournés vers la meute de leurs poursuivants.
Le renfort de 500 réservistes, venus directement d’un dépôt, n’est pas fait pour les rassurer. Certes, le régiment est de nouveau au complet
Une seconde tragédie est en train de se mettre en place.
Pour beaucoup de ces soldats, survivants de Bièvre ou réservistes fraichement arrivés, cette nuit sera la dernière.

Le Petit Journal titre, en première page :
« Les inquiétudes de l’Allemagne» : Si nous pénétrons en Belgique, disait M de Jagow à l’ambassadeur anglais, c’est parce que nous ne pouvons pas faire autrement.
« Un communiqué anglais » : Une force importante d’infanterie de marine a été débarquée à Ostende. (Churchill)
« Leur fourberie » : Un officier allemand s’était habillé en prêtre pour tendre un guet-apens à nos soldats.

samedi 5 avril 2014

Feuilleton: Le 135ème Régiment d'Infanterie dans la guerre 1914-1918. Le baptême du feu.



Le baptême du feu


23 août 1914
Un massacre.

Pierre PERRAULT et François VIVIEN sont adossés, avec leurs camarades du 1er bataillon, contre le remblai nord de la route qui mène de Bièvre à Houdremont Depuis qu’un instituteur de la Doutre a expliqué que Bièvre, cela voulait dire castor, il les surnomme Castor et Pollux.
- « Pourquoi Pollux ? » a dit François.
     - « Trop long à expliquer » a dit l’instituteur.
Le chef de bataillon de Lavalette attend un ordre d’attaque qui ne viendra jamais.
Les balles commencent à siffler à ce moment là ! Il est 7H00. C’est une fusillade nourrie. Elle provient des bois situés au nord-ouest du village. La 9ème compagnie y est aux prises avec les Allemands, débordée, décimée, elle se replie vers Bièvre. Elle paie son tribu à la faucheuse.
De position d’attaque, la route d’Houdremont passe au statut de position de défense. Il suffit de la traverser et de s’en servir comme d’un rempart.
On s’y agrippe.
On peut voir nettement l’ennemi prendre position sur la crête nord-ouest de Bièvre. Ils disposent, depuis cette côte, d’une vue imprenable sur l’escarpement tenu par le 1er bataillon. L’Etat-major du régiment est avec ce bataillon.
L’enfer se déchaine. L’Artillerie allemande règle ses tirs sur des arbres qui bordent la route. Des sections entières disparaissent sous les impacts. Certaines se débandent dans les près alentour. Les officiers s’efforcent de remettre de l’ordre. Le commandant de Lavalette est atteint à la jambe en cherchant à regrouper ses hommes.
Le pilonnage est méthodique. Rien n’a préparé le régiment à un tel déluge de fer et de feu. On ne peut que subir, chercher à disparaître dans le sol. Les Français font connaissance avec les obus à balles, inconnus dans nos forces, avec les obus de calibre 105 qui tombent en salves répétées.
Les artilleurs ennemis explorent chaque pouce de terrain du bout de leurs canons, secteur par secteur. Rien n’est épargné à nos fantassins.
Le village subit le même sort. Les maisons sont en flamme. Les civils fuient vers le sud.  A l’est, le 2ème bataillon est en pleine retraite.
Castor et Pollux ne font plus qu’un, ils ont sauté dans un entonnoir creusé à quelques mètres d’eux, dans la pierraille du talus. Ils ne bougent plus, ne pensent plus, ne pleurent plus. Ils attendent l’obus qui les ensevelira dans ce trou, ou un ordre de repli.
Bien que blessé, à 9H00, par un éclat d’obus, le colonel de Bazelaire donne l’ordre de renforcer les quelques sections qui continuent à tirer sur l’ennemi, à l’avant du dispositif.


Des mitrailleuses postées à l’entrée ouest de Bièvre arrosent les positions ennemies avec succès. Une salve d’obus, bien ajustée, les réduit au silence. Les deux lieutenants qui les commandent, Sulfourt et Jannin, s’en sortent par miracle. Gaston Sulfourt sera tué une semaine plus tard à Faux, dans les Ardennes.
Le colonel fait parvenir au 2ème bataillon, un ordre de repli. Lui-même, avec le drapeau du régiment, gagne les bois du sud.
Il est 10H45. Cela fait plus de 3 heures que nos forces subissent pilonnage sur pilonnage.
En bon ordre, échelon par échelon, les bataillons commencent à gagner le sud. C’est sans compter avec les observateurs allemands qui font allonger le tir au fur et à mesure de la progression des premières troupes vers les bois.
C’est une hécatombe.
Le repli s’organise donc différemment, les sections avancent en oblique vers l’endroit où la route de Bièvre à Bellefontaine entre dans les bois. Castor et Pollux, qui maudissaient le sous-lieutenant de Bazelaire, leur chef de section,  de ne pas donner l’ordre de repli dès 10H45, bénéficient de cette nouvelle tactique. Ils franchissent, haletants, l’orée de la forêt, sains et saufs. Ils ne s’arrêtent pas pour autant sous les fraiches frondaisons et obliquent vers le sud, pressés de fuir l’enfer. Bellefontaine voit passer les débris de ce qui fut un beau régiment. Les blessés sont portés sur des brancards de fortune. Les morts sont restés sur place, mélangés à la terre.
Tous se rassemblent à Petit-Fays.
A Bièvre, les Allemands font creuser une grande fosse dans laquelle ils jettent, pèle mêle,  plus de 500 cadavres de fantassins. Ils ne prennent même pas la peine de relever les identités de ces malheureux. On dit que, pour bien remplir la fosse, ils fusillent quelques civils belges.
Bien plus tard, vers la fin de la guerre, les Allemands feront rouvrir cette fosse pour y recueillir les identités des soldats français, afin que ce manquement aux lois de la guerre ne leur soit pas reproché.
Pour l’heure, la course vers le sud continue. Les rescapés, hagards, marchent jusqu’à Vresse où ils franchissent la Semois. Ils s’arrêtent un instant à Laforêt, mais c’est un court répit. Il faut enrayer l’avance ennemie en organisant la rive gauche de la Semois. A un km plus à l’est, deux compagnies et une section de mitrailleurs prennent position sur le pont de Alle.
Le reste du régiment parcourt encore 5 km vers le sud et les hommes peuvent enfin s’effondrer sur de vagues litières de paille, à Sugny.
La frontière française n'est plus qu'à deux km.
Les hommes se comptent. Les amis se cherchent. Les pays se retrouvent. Il manque un fantassin sur deux. C’est inimaginable et pourtant vrai. Il manque 17 officiers et 1500 soldats, blessés, tués ou disparus. Ils ont été placés sous un énorme marteau pilon. Certains n’ont pas tiré un seul coup de fusil. Tous savent maintenant que la guerre sera cruelle, effrayante et longue. Ils n’imaginent pas encore qu’elle va durer 4 ans.
La nuit, elle, sera très courte.

Le Petit Journal titre, en première page :
« Sans foi ni loi» : La France qui a la plus grande confiance dans la bravoure de ses armées et dans la tactique de leurs chefs, attend avec une anxiété bien naturelle le résultat des grandes batailles livrées sur toute sa frontière.…
« Encore des atrocités » : A Aershot, les troupes prussiennes ont fusillé en bloc, froidement et sans motifs, le bourgmestre et un groupe d’habitants qui l’accompagnaient.
« L’officier incendiaire d’Affleville » :26 tués, 6 blessés, 6 chevaux tués, Allemands : 2 blessés. Certains témoins  reconnurent immédiatement l’incendiaire.


       

jeudi 3 avril 2014

Feuilleton: Le 135ème Régiment d'Infanterie dans la guerre 1914-1918. En route pour la Belgique



Déplacement vers la Belgique


19 au 23 août 1914
Nancy, Sedan, Bièvre

Peu conscients des évènements qui se déroulent en Alsace et en Lorraine depuis une douzaine de jours, nos angevins, vendéens et bretons, quittent les  cantonnements du Grand Couronné à partir du 19 août. Ils gagnent la gare de Nancy, bataillon par bataillon.
Ils ne savent pas que le général PAU ayant repris Mulhouse le 7 août a déclaré bien imprudemment : « Enfants d’Alsace, après 44 années d’une douloureuse attente, des soldats français foulent à nouveau le sol de votre noble pays ». Cette délivrance, fêtée dans toute la presse française n’était que provisoire. La peau de l’ours n’était pas encore à vendre. Le 9 août la ville est retombée dans les mains de l’ennemi et justement, pendant que les soldats du 135ème R.I. marchent vers Nancy, leurs homologues de l’armée d’Alsace sont en train de la reconquérir. Ils y réussiront mais pour la perdre de nouveau et ce, pour les quatre années à venir.
Depuis le 4 août, les Allemands progressent vers l’ouest de la Belgique. Ils ont pris Liège le 13 août.
Le 8 août, trois divisions françaises ont du se replier sur la Lesse, dans les Ardennes belges puis repasser la Meuse.
Les Allemands, en ce 19 août sont aux abords de Bruxelles où ils entreront demain.
La guerre des frontières, prévue par le plan XVII de l’Etat-major français, a débuté le 15 août. Nos troupes se sont laissé berner par une progression trop facile entre Metz et Sarrebourg. C’est une sorte de piège dont elles tentent maintenant de se dégager. Les généraux Dubail et Foch vont bientôt devoir battre en retraite et ce, jusqu’aux collines du Grand Couronné dont nous venons de partir.
De son côté, notre brave Régiment d’Infanterie arrive à Sedan en trois échelons, le 20 août. Le 3ème bataillon débarque du train de Nancy à 4H00 du matin, et va cantonner à Saint-Menges, le 2ème bataillon à 6H00, il catonne à Fleigneux,  le 1er bataillon à 13H00, il rejoint aussi Saint-Menges.
De gauche à droite, la 17ème Division d’Infanterie, la 18ème Division d’Infanterie et le 11ème Corps d’Armée sont désormais tournés vers le nord-est, sur un front de 20 km.
Partie intégrante de la IVème armée du général De Langle ils vont entrer en Belgique conformément aux ordres reçus, à l’est des Ardennes. La Vème armée du général Lanzerac est à l’ouest de ces mêmes Ardennes. Les Anglais sont affectés à la région de Mons.
Disons le tout de suite, que ce soit en Belgique, en Alsace ou en Lorraine, cette offensive va se solder par une véritable déroute des forces alliées, une retraite meurtrière !
Jean-Baptiste, François et Pierre sont, quant à eux, heureux d’avoir laissé les pelles et pioches à d’autres fantassins pour, enfin, participer à une action strictement militaire. Ils vont enfin donner une leçon méritée à ces orgueilleux Allemands, les renvoyer chez eux puis retourner en Anjou.
Le 21 août, à 6H00, ils entrent en Belgique, accueillis par des manifestations de joie. Le colonel s’installe à Chairière avec le 1er bataillon. Le 2ème bataillon est à Vresse, le 3ème à Six-Planes. Ils garnissent en outre quelques avant-postes autour de Monceau et Baillaumont. Deux compagnies se tiennent prêtes à Oizy.
Cela sent la poudre !
Les hommes sont nerveux. Les heures qui passent les rapprochent de l’ennemi. Les ordres se succèdent, les mouvements aussi.
Des reconnaissances avancées détectent des mouvements allemands inquiétants, entre Haut-Fays et Gédinne. Le colonel ordonne, à tous les bataillons, de faire route au nord. Il faut reprendre les havresacs et les fusils, avancer de plus en plus loin.
Finalement, le régiment se regroupe à Bièvre. Etymologiquement, ce nom indique que des castors peuplaient la rivière locale. Ils ont disparu depuis longtemps.

Le 23 août, dès 4H30, les fantassins du régiment gagnent les emplacements de combat répartis autour du village. Au nord-est, le long d’une voie ferrée, on trouve les hommes du 2ème bataillon. Sur une croupe située à l’ouest, le 3ème bataillon place deux compagnies. Le 1e bataillon est en réserve dans Bièvre avec le reste du 3ème bataillon. Au sud du village, une compagnie du Génie organise une ligne de défenses au bord d’un ravin.
A 6H30, des coups de feu sont entendus dans les bois situés au nord-ouest de Bièvre. On saura plus tard que des uhlans sont venus au contact de l’escadron divisionnaire. Le colonel envoie une compagnie pour renforcer ce secteur.
A 7H00, le 1er bataillon est envoyé sur la route de Bièvre à Houdremont, à 1km de distance. Il existe, à cet endroit une maisonnette bâtie dans un escarpement, le bataillon s’adosse à la route, tourné vers le nord. Il est en liaison avec les troupes françaises postées plus à l’ouest.
La fusillade commence à ce moment là…

Le 22 août,  le Petit Journal titre, en première page :
« La situation des Armées» : C’est dans le plus grand désordre que les Allemands, battus à Muhouse, se sont repliés au delà du Rhin
« Les succès français en Alsace » : Nos troupes ont obtenu un gros succès.
« Une constatation » :Il est agréable de constater que, hier matin, il n’y avait plus aucun point du sol français occupé par l’ennemi sauf une légère enclave à Audun-le-Romain..


Pages suivantes

Pour continuer la lecture vers d'autres billets plus anciens, cliquez sur le lien ci-dessus, à droite.